Hector BUISSNEG

A la recherche de la bibliothèque où se trouve LE PASSAGE...

01 octobre 2010

Société de géographie - Paris, France

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Société de géographie - Bibliothèque - Portrait du Prince Bonaparte. - Braun & Cie : Mulhouse, s.d. - 9x14cm

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Société de géographie - Bibliothèque - Galerie d'entrée. - Braun & Cie : Mulhouse, s.d. - 14x9cm

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LA BIBLIOTHÈQUE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE1 (© 2002 Société de Géographie)

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La grande richesse de la Société de Géographie, c'est sa Bibliothèque, de plus de 100 000 volumes. Pour moitié, elle a, pour origine, la magnifique bibliothèque laissée à sa mort, en 1924, par le prince Roland Bonaparte qui fut président de notre Société de 1910 à 1924. C'est une précieuse collection d'ouvrages sur les explorations du XVIe au XIXe siècle sur l'histoire des voyages, la géographie et la cartographie. Elle comporte aussi un très original ensemble d'atlas. Notre bibliothèque s'est aussi accrue grâce à d'autres legs successifs : fonds Galliéni, de Périgny, Feuvrier, Goblet.

Faute de place et de moyens dans son immeuble du boulevard Saint-Germain, la bibliothèque de la Société de Géographie est déposée à la Bibliothèque Nationale et rattachée, bien qu'indépendante, au Département des cartes et plans. Son public est varié - public de chercheurs, de voyageurs, d'étudiants - et son rayonnement est assuré par une active participation au circuit du prêt international, grâce à l'utilisation des microformes. Actuellement, notre bibliothèque s'enrichit tous les jours en raison d'environ 100 services de presse par an et de la réception de près de 300 périodiques.

Une bibliothèque a été prévue dès l'origine de la Société. Elle est mentionnée dans le règlement initial et, lors de l'Assemblée générale du 15 novembre 1821, Champollion-Figeac est élu archiviste-bibliothécaire. Il n'occupe pas ses fonctions et, le 30 avril 1824, la Commission centrale nomme Sueur-Merlin, bibliothécaire-adjoint. Son zèle paraît avoir été aussi limité que celui de Champollion-Figeac, car, le 27 janvier 1826, l'agent comptable de la Société, Noirot, qui remplissait jusque-là les fonctions de bibliothécaire-adjoint, est nommé officiellement dans cette charge. Installée à l'origine dans les locaux de la Société de la Morale chrétienne, au 12 de la rue Taranne, la bibliothèque compte, selon le rapport de Jomard, 345 volumes, 60 atlas et 110 cartes à la fin de 1827. D'abord ouverte le lundi et le jeudi de midi à seize heures, la bibliothèque est, à partir de 1830, accessible au public tous les jours non fériés de onze à seize heures. Mais, confiée à un gardien plutôt qu'à un bibliothécaire, la bibliothèque a une vie essentiellement passive : y entrent les livres et cartes parvenus en dons, les périodiques reçus en échange du Bulletin de la Société de Géographie. Aucune politique d'acquisitions, de reliure ou d'échange n'est élaborée. Il suffit de consulter les comptes de la Société pour avoir la preuve du peu de soin apporté à la bibliothèque : 5 384 francs lui sont consacrés entre 1821 et 1850, alors que, durant ces trente années, 40 000 francs sont passés en prix et médailles, 38 000 pour la publication des Mémoires et à peu près 100 000 dans la confection du Bulletin. Sur les quelque 320 000 francs dépensés entre sa fondation et 1850, la Société a consacré à peine 1,7 % de son budget à la bibliothèque !

Le règlement intérieur de 1853 précise les fonctions de conservation et de catalogage d'un archiviste-bibliothécaire toujours fictif et lui accorde une place de droit dans la section de publication. Les conditions du prêt des livres sont énumérées. Seuls les membres de la Commission centrale ont le droit d'emprunter des documents. Les autres sont limités à la lecture sur place, "à moins d'une nécessité constatée". En 1860, dans son rapport sur les comptes de la Société, le trésorier Lefebvre-Duruflé mentionne qu'il a paru utile de soumettre la bibliothèque "aux mêmes règles que celles qui sont imposées pour le prêt des livres de la Bibliothèque impériale".

Peu après son élection au poste de secrétaire adjoint, Charles Maunoir propose, en mai 1864, de faire établir le catalogue de la bibliothèque. Commencé par un membre de la Société, Grimoult, le catalogue est terminé à la fin de 1868 par un jeune Allemand nommé Paul Voelkel. La guerre de 1870 en a ajourné à jamais l'impression. Aussitôt élu secrétaire général, au début de 1867, Maunoir fait nommer un archiviste-bibliothécaire, Victor Amédée Barbié du Bocage, petit-fils d'un des fondateurs. Son activité semble avoir été très limitée. Son successeur en 1874, l'abbé Edouard Joseph Durand obtient des crédits qui dépassent régulièrement 1 000 francs par an. A sa mort, en 1881, la tâche est confiée à James Jackson, qui ne sera élu archiviste-bibliothécaire en titre qu'à l'Assemblée générale du 4 mai 1888 ! Son premier soin est de faire voter, le 10 mars 1882, un règlement de la bibliothèque, qui est imprimé, distribué et affiché dans l'hôtel de la Société, mais publié dans les Comptes rendus des séances de la Société de Géographie en 1889 seulement. Ouverte tous les jours non fériés de onze à seize heures, la bibliothèque est accessible à ceux qui ne font pas partie de la Société, mais le droit d'emprunter leur est refusé.

De sa fondation à 1850, la Société avait consacré 185 francs par an en moyenne à sa bibliothèque, soit 1,7 % de ses ressources. De 1850 à 1863, elle y consacre 200 francs par an, 1,8 % du budget. Entre 1864 et 1875, avec la prospérité, les dépenses atteignent 565 francs par an, mais cela ne fait que 1,6 % des dépenses totales. De 1876 à 1881, période faste pour l'abbé Durand, plus de 12 000 francs sont accordés à la bibliothèque, plus de 2 000 francs par an, soit 2,5 % des dépenses. Arrivant à une époque critique, alors que la Société est lourdement endettée à la suite de la construction de son hôtel, James Jackson n'obtient que 19 000 francs entre 1882 et 1895, 1 350 francs par an en moyenne, 1,6 % du budget. Disposant de moyens très limités, il déploie son énergie à solliciter des dons, particulièrement de photographies. C'est lui qui est le véritable créateur du fonds remarquable de photos possédé par la Société. Dès mai 1882, il adresse une circulaire à tous les sociétaires, leur demandant d'envoyer leur photo avec leur signature au verso, afin de constituer une collection de portraits doublée d'une collection d'autographes. A la fin de 1892, il avait ainsi réuni, sans bourse délier, 2 222 portraits. Mais il sollicitait aussi le don de clichés de toutes les régions du monde afin de constituer un fonds de documentation géographique. Son entreprise obtint un succès remarquable : 9 620 photographies, 16 277 planches de vues photographiques, 3 762 clichés à la fin de 1892.

A la démission de J. Jackson, en 1893, c'est le baron Jules de Guerne, un des fondateurs et le premier secrétaire de la Société des Amis des Explorateurs français, qui le remplace. Ne portant aucun intérêt à ce travail, il accepte aisément qu'Henri Froidevaux lui succède en 1901. Le premier soin de ce dernier est d'établir un nouveau règlement et de tenter d'obtenir des moyens plus importants. Un projet d'agrandissement de la bibliothèque, présenté en 1904, aboutit à la construction d'une salle de 216 m2 au-dessus de la grande salle de conférences du rez-de-chaussée. Très pris par ses travaux d'historien et son enseignement universitaire, Froidevaux se fait assister par un bibliothécaire rétribué par la Société, d'abord Paul Lemosof, auteur du Livre d'or de la géographie, puis, à sa mort, Réby, qui quitte la bibliothèque en juin 1914 pour une mission du ministère de l'Instruction publique au Caucase. Stanislas Reizler, archiviste paléographe, lui succède. Mobilisé, il est suppléé, pour la durée de la guerre, par Parriel. Bien qu'il n'ait jamais porté le titre d'archiviste bibliothécaire, réservé à Henri Froidevaux, dont l'activité se limitait à une supervision symbolique, Reizler eut une action très importante. Rédacteur en chef du Monde colonial illustré, il constitua aussi un remarquable Office de documentation et de bibliographie coloniales. Auteur dune Bibliographie géographique annuelle, il s'efforce de recenser et de faire entrer à la bibliothèque tout ce qui paraît dans le domaine de la géographie. Sa bibliographie occupe près de la moitié de La Géographie, revue de la Société, entre 1923 et 1931, et de 1923 à 1933 le budget de la bibliothèque représente 20 % des dépenses totales.

En 1925, la bibliothèque s'est enrichie par le don de Marie de Grèce de la partie géographique de la bibliothèque de son père, le prince Roland Bonaparte. Les quelque 40 000 volumes qui la constituent, choisis avec un discernement exceptionnel par F. Escard, bibliothécaire du prince, ne pouvant tenir dans les locaux du boulevard Saint-Germain, la Société se résout à louer l'hôtel du prince, au 10 de l'avenue d'Iéna, à la Compagnie Universelle du canal maritime de Suez qui venait de l'acquérir. La bibliothèque y est transférée et rouvre dans ses nouveaux locaux, le 9 novembre 1925.

En juin 1932, Stanislas Reizler, à qui le secrétaire général, Guillaume Grandidier, reprochait l'extension prise par la bibliothèque et les dépenses que cela entraînait, est renvoyé. Nemours Larronde lui succède, licencie deux des sept personnes employées à la bibliothèque, et ramène le pourcentage des dépenses de 20 à 13 %. Il disparaît dans le naufrage du Pourquoi Pas ? le 15 septembre 1936. Jacques Fleury le remplace. La guerre et l'occupation allemande amènent le général Georges Perrier, président de la Société, à conclure un accord avec la Bibliothèque nationale pour abriter le fonds de la Société dans les locaux de cette dernière. Le déménagement se fait dans des conditions difficiles du 16 février au 24 mars 1942. Le personnel est restreint à J. Fleury, à une jeune bibliothécaire engagée pour la circonstance et intégrée le 28 janvier 1943 dans le personnel de la Bibliothèque nationale, Monique de La Roncière, et à un gardien-magasinier retraité de la Bibliothèque nationale nommé Gibaut. La salle de communication est la Salle Mortreuil, salle de lecture du Département des cartes et plans. Le 8 juin 1942, une réception célèbre cette installation et une exposition organisée par Paul Poindron, chef du Département des cartes et plans, présente conjointement les documents les plus précieux du département des cartes et plans et de la Société de Géographie. A la même époque, le catalogue de la Réserve de la Société est entrepris par deux jeunes archivistes paléographes, MM. Sibertin-Blanc et Boyer. Après 1942, la situation n'a guère évolué. Mlle de La Roncière, ayant succédé à J. Fleury, a pris sa retraite au 15 février 1980, remplacée par A. Fierro. La Société continue à rétribuer un magasinier mais ses fonds ne lui permettent pas une politique d'acquisition, aussi les seules sources d'enrichissement de la bibliothèque proviennent-elles des dons et des services de presse.

Les périodiques sont recensés dans un triple fichier alphabétique, géographique et par sujets. Il existe aussi un fichier de bulletinage des périodiques, suites et collections. Il y avait 412 périodiques dans le catalogue manuscrit établi par J. Jackson au 29 avril 1882. On en compte près de 700 sur la liste dressée en 1913. Il doit y en avoir environ 2 000 aujourd'hui, dont 10% toujours reçus régulièrement, le reste étant composé surtout de revues disparues. Le fonds est à peu près exhaustif pour les périodiques géographiques du XIXe siècle et contient des revues étrangères qui ne se trouvent qu'à la bibliothèque de la Société en France. Ces périodiques occupent un des deux sous-sols, soit plus de 2 500 mètres de rayonnage, représentant peut-être 300 000 numéros ou fascicules.

Ce nombre doit être pris en compte si l'on veut comprendre certaines estimations dont ont fait l'objet les livres. Ainsi, A. Perpillou, dans son allocution à l'occasion du cent cinquantième anniversaire de la Société, en 1971, déclare qu'il y avait 400 000 volumes au moment du déménagement de 1942. Plus au fait de ses collections, le bibliothécaire Fleury parlait en 1942 de plus de 300 000 volumes et fascicules de périodiques. Au vu des 2 400 mètres de rayonnages occupés par des livres, il est difficile d'estimer à plus de 85 000 leur nombre, dont près de la moitié pour le fonds Bonaparte. Maunoir pensait qu'il y avait 10 000 volumes en 1874. On peut évaluer à 15.000 les enrichissements dus à Jackson, à 5 000 les acquisitions de S. Reizler, à 15 000 les ouvrages entrés depuis 1945. Le total de 45 000, accru de 40 000 volumes de la bibliothèque de Roland Bonaparte, doit encore être augmenté d'au moins 20 000 brochures, extraits et tirés à part. En y ajoutant les 300 000 fascicules de revues, on atteint bien un total de 400 000.

Livres et brochures font l'objet d'un catalogage par auteurs, noms de lieux et sujets. Il existe trois fichiers : celui du fonds Bonaparte, celui des fiches à l'ancien format, et celui qui est établi depuis 1924 sur des fiches de format international.

(1) Surtout d'après A. FIERRO, "La bibliothèque et les archives de la Société de Géographie", Acta Geographica, n° spécial 52-53, 1983, pp 40-43

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